Raúl Matta Villagrán est né en 1942 à Santiago du Chili. À l’âge de 14 ans, il prend ses premiers cours de peinture à la Maison de la Culture de Ñuñoa dirigée par les peintres Gregorio de La Fuente et Mario Neira. Il sait très jeune qu’il sera peintre. Il entre à 18 ans à l’École d’Arts de l’Université Catholique de Santiago.
À 21 ans, il décide de quitter le Chili pour l’Europe. Il séjourne d’abord entre Barcelone et Madrid où il est admis à L’Académie San Fernando. L’année suivante, il s’installe à Rome, ville intimement associée à sa vocation. Il signe alors ses tableaux « Matta ». C’est à cette époque, en 1965, qu’il rencontre Roberto Matta en Italie, peintre surréaliste déjà très célèbre, et son oncle au deuxième degré. Ce dernier lui suggère de changer de nom, et lui propose « Agrán », extrait du nom de sa mère, Villagrán.
Le jeune Raúl y consent difficilement, mais Matta est un peintre reconnu qui a l’âge de son père… Il suit finalement son conseil et devient désormais Raúl Agrán. Et c’est sous ce nom que commence sa vie d’artiste.
Il expose à Rome au premier salon de l’Unesco (1966), puis dans la Galerie Stagni (1967) ainsi qu’à Florence. Il participe également à plusieurs évènements et mouvements culturels d’avant garde et séjourne plusieurs mois à Paris en 1968.
Au début des années 70, en accord avec ses convictions concernant le marché de l’art, il décide de ne plus exposer et vend à des collectionneurs.
En 1973, il s’engage en politique à la suite du coup d’Etat de Pinochet au Chili. Après 6 années d’activités intenses en Italie, il rentre au Chili avec sa compagne pour poursuivre la lutte contre la dictature. C’est là que naît son premier fils en 1980.
Cette parenthèse politique se termine définitivement en 1981 par un exil politique forcé en France où il s’installe à Paris près de Bastille avec sa famille grâce à l’amitié du chef d’orchestre Paul Mauriat. C’est là que naît son deuxième fils.
Dès lors, il se consacre à nouveau totalement à la peinture. Il recommence à exposer à plusieurs reprises en France (Paris), en Italie (Florence, Reggio Emilia, Spoleto), Autriche (Salzbourg), Suisse (Grenchen) et vend également à des collectionneurs. C’est la période la plus intense et prolifique de sa création, bien qu’il se tienne plutôt en retrait du marché de l’art, sa conviction d’artiste étant alors avant tout de « laisser des traces » sur la ligne du temps.
C’est dans ce même esprit d’engagement critique et poétique, qu’il produit également de nombreux écrits. Des essais, notamment Dans les coulisses de l’oeil et Le Magnétisme Capricieux,, de la poésie en prose : Les images distillées, 6 pièces de théâtre, dont El Presentimiento qui a été mis en scène à Saint Denis (France) et à Innsbruck (Autriche). Il sera appelé également à illustrer plusieurs ouvrages romanesques et poétiques pour des éditeurs Français et italiens (éditions Zulma, Dumerchez, et Alfabeto Urbano).
En 1993, suite à un changement de vie familiale, il quitte Paris pour l’île Saint Denis (banlieue parisienne), invité à poursuivre son œuvre dans l’usine de son ami Jean-Loup Desrosiers. Ce lieu, déterminant dans l’intensification de sa production, va devenir son atelier pour 15 ans.
En 2017, l’œuvre de Raúl Agrán compte un très grand nombre de tableaux. Il vit et travaille désormais à Montreuil, près de Paris.
À plus de 70 ans, le temps est venu de partager plus intensément son travail, et de retrouver son nom. Cinquante ans exactement après cette rencontre avec Roberto Matta à Rome, Il décide de signer désormais « Matta Agrán », comme un écho à un dessin que lui avait dédicacé Roberto Matta en 1965 : « D’un Matta à l’autre… »